14/08/2012

Malonne: Lettre ouverte d'Eva Kazian,écrivain et malonnoise, aux soeurs clarisses

1208389589[1].jpgEva Kazian écrivain et animatrice d'ateliers d'écriture fait parvenir une lettre ouverte aux soeurs clarisses de Malonne, la voici en intégralité:

 Sœur Christine,

Si je vous écris cette lettre aujourd’hui, ce n’est ni dans la colère, ni dans la joie. J’ai voulu me joindre à une des manifestations, et je ne me suis pas reconnue dans la colère et les discours ambiants. Une ou dix manifestations, cela ne changera rien. Cette lettre est ma petite manifestation personnelle. Vous avez dit oui, les gens disent non. Vous avez le choix, ils ne l’ont pas. Ils ont juste celui de signifier leur désaccord. Je vous écris pour vous signifier mon désaccord quant à l’accueil de Michelle Martin dans le village où je suis née et dans lequel je vis.
C’est la deuxième fois que notre justice lui accorde une liberté conditionnelle pour des faits similaires, ni vous ni la justice n’avez les moyens de garantir qu’il n’y aura pas de récidive. Mais, outre la crainte de récidive, c’est sur les effets de la crainte de récidive sur les comportements des malonnois que je souhaite attirer votre attention.
Quand j’ai eu des enfants, j’ai quitté Bruxelles et je suis revenue à Malonne où j’avais eu une enfance libre comme je voulais qu’ils en aient une. Dans ce village, à partir d’août 1996, j’ai vu des amis et voisins empêcher leurs enfants de jouer dehors, les traumatiser parfois avec leur crainte du danger potentiel de tout inconnu croisé. J’ai choisi de permettre à mes enfants une enfance aussi libre que la mienne, elles ont grandi sur les chemins du village. A Malonne comme partout en Belgique, « l’affaire Dutroux » a changé les mentalités et plus aucun parent n’a néanmoins connu la sérénité que mes parents devaient avoir connue. Malgré tout, à ce jour et dans ce village paisible, beaucoup d’enfants circulent à pied ou en vélo, pour aller à l’école ou à leurs activités. Avez-vous pensé aux parents qui, à tort ou à raison, ne laisseront plus leur enfant circuler librement ? Avez-vous pensé à ce genre d’incidence ? Vous prenez une décision « mûrement réfléchie » et vous en imposez les conséquences à 5000 personnes quand elles n’ont plus le droit de participer au débat ?
Sa défense reposait principalement sur le fait qu’elle était « sous influence ». Est-elle maintenant « sous l’influence de Dieu » ? Est-ce réaliste ? Rassurant ?
La justice a tranché et Madame Martin a donc le droit de se réinsérer, vous l’accueillez pour ses premiers pas. Poussons plus loin la réflexion : attendez-vous des malonnois qu’ils l’engagent comme institutrice pour participer eux aussi à sa réinsertion ? Qu’ils la prennent comme cuistot au camp lutin ? Comme bénévole à la bibliothèque ? Comme participante au cours de gymnastique ? Parce qu’un séjour dans un couvent contemplatif n’est pas une réinsertion dans la société, c’est un passage. Passage obligé pour Madame Martin, puisque personne d’autre n’en veut. Et après ? Sa simple présence va perturber pas mal de gens, à tort ou à raison mais ce sera ainsi. Mais ensuite, Sœur Christine ? Elle partira avec votre communauté ? Vous l’imposerez ailleurs ? Elle prendra un petit appartement social à Malonne ? Un petit travail en noir pour compléter les revenus du CPAS ?
Il y a le jugement, il y a les faits, il y a ce qu’on peut en penser, mais il y a aussi ce que votre décision aura pour effets, dans notre monde sur lequel vous avez choisi de veiller par la prière. Vous accueillez Madame Martin et ne vous portez pas en juges, vous respectez l’humain et ses faiblesses. Respectez aussi les faiblesses, les limites et la nature humaine de ces gens qui, du fait de votre décision, changeront leurs enfants d’école ou les empêcheront d’aller à pied chez leurs amis. Si on avait demandé l’avis des 5000 malonnois, pour ce qui est de l’accueillir, combien, pensez-vous, auraient dit oui ? Et aussi…quand on entend certaines réactions, ne peut-on pas se dire que la réinsérer signifie l’offrir en pâture à l’opprobre, éventuellement violente, de certains ? Dans un cas comme celui-ci, que deviendra la « malheureuse brebis » qui un jour s’est égarée ? Vous la protégerez ? Ne vous sentez-vous pas quelque peu instrumentalisée par des disciples de Ponce Pilate ?
C’est votre décision, celle de vos consoeurs et/ou de vos supérieurs. Mais si le prix que vous payez aujourd’hui est un dérangement momentané certain dans la tranquillité que vous avez choisie pour vous consacrer à la prière, je vous demande de réfléchir au prix à payer que vous imposez aux malonnois, à la liberté que vous leur laissez, face à cette situation. A moins que, comme certains le disent, la décision ne soit prise en haut lieu, et qu’il ne s’agisse pas d’un choix murement réfléchi mais de l’application de votre voeu d’obéissance. Auquel cas je me trompe de destinataire.
Les conditions de la libération de Madame Martin ont été décidées en huis clos. En faisiez-vous partie ? Les connaissez-vous ? Si vous avez eu la possibilité d’émettre deux exigences, ne pensez-vous pas qu’exiger que ces conditions soient publiques dès aujourd’hui, afin que nous puissions davantage mesurer les conséquences de votre décision et que soient limités ou validés les fantasmes de certains, serait un geste élémentaire de respect pour la population ?
En tout état de cause, la décision d’accueillir Madame Martin a été prise par une communauté, comme si cela ne concernait que cette communauté. Ce n’est pas le cas et vous pouvez comprendre que nombreux puissent être ceux qui vivent cela comme une violence. Cette attitude est tout au moins contradictoire avec l’image d’intégration au village que la communauté des Clarisses avait jusqu’à présent aux yeux des malonnois.
Nous nous sommes rencontrées il y a très longtemps, et régulièrement. Je garde de vous un souvenir paisible et lumineux. Je ne demande pas mieux que de vous rencontrer au sujet de ces questions. J’essaie également de ne pas juger. Mais je pense, du fond du cœur et avec tout mon respect, que votre décision n’est pas la bonne.

Eva Kavian,
Écrivain et malonnoise.

Commentaires

Bravo Eva, comme tu sais bien exprimer le resentis de chacun.
Puisse le message être lu par beaucoup, aussi je le partage sur "facebook" pour l'envoyer a tous mes amis.

Écrit par : Suzanne | 13/08/2012

Alors là bravo,les mots sont justes et je pense très réfléchis. Je vous ai déjà croisée à plusieurs reprises sans savoir qui vous étiez .

J'espère de tout coeur que cette lettre aura eu l'impact que tout le monde espère , le changement d'avis des soeurs à la venue de M M au couvent.

Moi non plus je ne me suis pas"" retrouvée "" lors de certaines manifestations, j'aurais moi aussi voulu leur parler le mardi quand nous sommes montés jusqu'au couvent mais on m'a dit qu'il valait mieux que je laisse reposer un peu la situation vu que le parquet avait interjeter appel.

Tout comme vous je suis malonnoise de naissance et pouvoir courir sur champs et sur route comme nous le faisions quand nous étions jeunes et bien c'est ce que j'espère pouvoir laisser faire avec mes enfants et petits-enfants

Écrit par : muriel | 13/08/2012

Merci pour l'expression, sans violence, de votre point de vue éclairé qui est sans doute celui de la plupart.

Écrit par : Patricia Gustin | 13/08/2012

très bien dit trèsbien écrit espérons que ce sera tout au si bien reçu et compris j'en doute... notre oppignon nos ressentis malheureusement elles s'en fichent

Écrit par : rudy nadin | 14/08/2012

Un tres grand merci avous pour votre lettre qui rasemble tres les penser et les crainte de bien plus que 5000 malonnois la belgique entiere ne veut plus jamais la croiser en rue et nos enfants aimerai bien continuer a vivre librement et sans crainte pouvoir grandir en paix voilas tout ce quond veut pour eux.

Écrit par : olivier | 14/08/2012

bravo et merci.................

Écrit par : poels | 14/08/2012

les mots sont justes,bien dits, bien résumés..........c'est en fait on ne sent plus bien dans notre village, on a peur de l'avenir, de la réaction de nos malonnois à son arrivée, de la sécurité en générale,gardons nos enfants enfermés, stressons dans chaque commerce, allons faire nos achats autre part, fuir.....mais non!!!!!!!!!!on est chez nous et c'est à la justice de nous permettre de continuer à y vivre paisiblement, je rêve peut être mais nous sommes Malonnois et le resterons , c'est à michèle martin de ne pas y venir, on l'a pas invitée et encore moins souhitée!!!!!!et quand on Soeurs Clarisses, elles vont pouvoir stresser et priez jour et nuit pour qu'il n'arrive rien!!!!!!et libérez leurs consiences d'accueillir ce genre de personnage!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Écrit par : sabine | 14/08/2012

Parce que la nuit elles ne cesseront de voir Claire, dès matines elles se croieront des matons alors que, pauvres dames, jusqu'à complies, elles n'auront été que complices.

Écrit par : Bernard | 14/08/2012

Bravo!!J'espère que vous aurez une réponse!!!!pour moi, pour le moment, je trouve que cette lettre empreinte de bon sens et de coeur, est la meilleure manière d'agir!!!!!!! Evitons les récupérations via les manifestations " manipulées"!!!!!!!!!!!!!

Écrit par : Marie | 14/08/2012

'
espèrons que la justice aura du bon sens

Écrit par : mjeann | 14/08/2012

Oui oui très bien, j espérer que ça va les décider dans la bonne voie. Merci geraldine

Écrit par : Géraldine | 15/08/2012

Bravo, les mots justes et tellement de sensibilité, respectueuses de TOUS.
J'espère que cela va faire réfléchir les autorités quant à la décision prise unilatéralement.
Merci Rita

Écrit par : CHITUSSI Rita | 17/08/2012

Merci,vous avez trouvez les mots justes,que je pense mais je n'ai pas votre talent d'écriture!!
Alors bravo Madame.
Amicalement Laurence

Écrit par : tonglet laurence | 23/08/2012

merci et respect pour votre lettre esperont que cela fera réflechir les soeur ainssi que la loi

Écrit par : BOUTSjany | 25/08/2012

Chère Evelyne, chère voisine,
Nous sommes voisins et nous ne voyons guère. J'ai plus bavardé avec ta grande, Diane, qu'avec toi. Et pourtant, nous faisons partie de la jeunesse de ton papa. Ton grand père Hubert jouait aux cartes avec mon papa et c'était un sacré bonhomme !
Bref !
Bravo pour ta lettre. Elle exprime, de la manière qu'il faut, ce que nous pensons. D'ailleurs, ma femme, qui fut l'infirmière des Clarisses pendant vingt ans, leur a écrit une lettre exactement dans le même sens. Lettre qu'elle leur a portée en mains propres. Inutile de dire qu'elle n'a pas eu de réponse. Nous pouvons te la communiquer pour ta documentation, si tu en tiens une.
Bien à toi,

Pierre Ducarme, au 58 de la même rue.

Écrit par : Ducarme Pierre | 31/08/2012

Madame, je leurs ai envoyer un courrier très réfléchis et très correcte en leurs disant simplement que cette personne avait filmer le viol des enfants et quelles devaient réfléchir a ça et que cela ferait encore plus de mal à l'église .Mais aucunes réponses ont dirait que cette sonne les as bien manipulées comme elle a fait avec tous

Écrit par : duray | 04/09/2012

Madame, Vous avez eu la prudence de vous dissocier des multiples manifestations, les passions diverses en discréditaient la crédibilité. J'ai la conviction que, d'ici peu, nous devrons remercier les clarisses de leur courage...Trop de gens s'expriment passionnellement avec une connaissance faussée des réalités occultées, abstraction de tout humanisme élémentaire.
Le juge honoraire Jan NOLS a écrit une lettre admirable à M. Martin, je vous invite tous à la lire TRES attentivement et à méditer, l'avenir confirmera son stricte bon sens !
http://www.levif.be/info/levif-blog/opinions/lettre-a-michelle-martin-surmontez-votre-honte-et-bravez-votre-peur/opinie-4000168702138.htm#.UEMIqQrZ8n8.facebook

Écrit par : Louis de Jonghe | 05/09/2012

je ne comprends pas pourquoi on place cette personne dans un couvent, certes Dieu est grand, mais de là a en faire sa servante?Dans la ville où je suis née, il y avait un couvent de Clarisses, deux sortaient pour les courses, les autres restaient cloîtrées. On disait que chaque jour elles creusaient leur tombe. Mme Martin ne mérite même pas cela, la peine de mort n'existe plus en France, dommage! Comment a-t-elle encore envie de vivre? Même si elle était obligée d'être passive devant les méfaits de son mari, et qu'elle avait peur de le dénoncer, pourquoi n'a-t'elle pas fui? Il y a en France bien des endroits où une femme peut se cacher, pourquoi n'est-elle pas entrée dans les ordres, elle aurait été en sécurité, bien sûr lui aurait continué, mais elle n'aurait pas été sa complice, et à cause de cela, elle ne mérite aucune pitié! Je suis grand-mère et arrière grand-mère, dommage je suis loin et j'ai la responsabilité d'un mari grabataire, mais je compte sur les mères et les mamies qui pourtront le faire de manifester leur mécontentement, s'il y a une pétition, je la signerai! Nicole Chavey - Toulon

Écrit par : chavey | 07/09/2012

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